Les langues se délient sur ces yeux qui nous épient...
7 novembre 2007 — vidéosurveillance

Partout, de plus en plus d’yeux nous observent, mais les bouches jusqu’à maintenant restaient cousues ! La critique de la vidéosurveillance omniprésente se cantonnait à la télé-réalité... Jusqu’à ces Rencontres-assises « Debout contre la surveillance » : durant cette riche semaine, le débat s’est enfin ouvert localement à Strasbourg, retransmis couci-couça par des médias qui ne se refont pas.

Ce compte rendu d’une semaine d’actions est dense, mais comme personne ne vous surveille, du moins le croyez-vous, vous pouvez d’abord aller voir les photos tout en bas, avant de vous plonger dans sa lecture.

La vidéosurveillance plébiscitée ? Et pourtant...

Le débat public, avant même d’avoir eu lieu, semblait clos puisque les journaux claironnaient à chaque timide interrogation sur la vidéosurveillance : « 78 % des Français sont pour ! » Pourquoi continuer à discutailler ? Les sondages, leurs questions si bien posées et leur pourcentages qui disent la vérité à la virgule près, réfléchissent à notre place... c’est si pratique !

Pourtant, dès le mercredi soir, des dizaines de personnes se retrouvèrent pour compléter le plan des caméras du centre-ville. Et tous ces gens, qui ne se connaissaient pas tous avant, de discuter de la vidéosurveillance... Pourtant, le jeudi soir, quand fut présenté le plan mis à jour et décortiqué le dispositif de surveillance à Strasbourg, la salle était pleine. Et l’assistance de feuilleter moultes revues et documentations sur le sujet, que l’on ne trouve que là, au Kiosque alternatif, et de débattre encore, de délinquance de rue exagérée, instrumentalisée et de délinquance en col blanc bientôt dépénalisée, de contrôle social, de démocratie... Pourtant, le vendredi soir aux Épines, le public afflua à la projection d’un documentaire sur la biométrie. Et, là encore, des débats...

Pourtant, le samedi aprèm, trois quarterons (soit environ six douzaines) de gais-lurons déambulèrent sous haute surveillance, à travers les rues de la ville et sous l’œil des caméras qui ne savaient plus où donner du zoom. Et une majorité des gens rencontrés dans la rue de s’étonner de l’omniprésence des caméras, avant de s’en inquiéter, puis de souhaiter un débat démocratique sur leur présence... Pourtant, le mardi suivant, lors de la grande conférence qui clôturait ces rencontres-assises, les chaises vinrent à manquer. Et là encore, après les trois brillants exposés, les spectateurs de critiquer la vidéosurveillance.

Ainsi donc, cette belle unanimité pour ces yeux indiscrets, prétendument censés assurer notre sécurité, n’était que fabriquée ? Il suffisait d’un peu discuter et réfléchir ensemble pour voir les doutes et les craintes affleurer ? Voire, les critiques fuser ? Les caméras n’ont pas fini de regarder, du coin de l’œil, les citoyens les chatouilller !

Le plan des caméras de surveillance

Lors de l’opération Objectifs caméras en 2004, un plan des caméras au centre-ville avait été distribué aux passants. Cette fois-ci, le repérage collectif a permis de le remettre à jour : les plans de 2003, 2004 et 2007 témoignent de l’expansion du réseau de vidéosurveillance. Mais il y a tant de caméras, et tant de nouvelles vont fleurir bientôt, d’ici janvier 2008, que le travail n’est pas fini !

En plus du centre et de la gare, ce sont tous les quartiers populaires de Strasbourg qui sont, ou seront, placés sous contrôle : Hautepierre, l’Elsau, la Cité de l’Ill, la Meinau, Neuhof, l’Esplanade, Cronenbourg, etc. Dans les prochains mois, nous réaliserons une carte à l’échelle de la communauté urbaine : nous aurons besoin de votre aide.

Une déambulation sous haute surveillance

Le samedi après-midi, suivi d’un regard suspicieux par des hommes-caméras qui devaient rentrer du boulot, c’est tout frigorifiés mais motivés par une fanfare du tonnerre, qu’un gros morceau de centaine de zozos vinrent narguer l’armada des yeux qui nous épient !

Sous la première des innombrables caméras boules qui jalonnaient notre parcours, nous traçâmes au sol des pointillés à la craie, symbolisant des flux financiers : ceux-ci ne sont pas soumis à la même vigilance que les passants, alors qu’il serait techniquement possible de les surveiller et donc de mieux lutter contre la criminalité financière. Mais pour cette dernière, la tendance est plutôt à la dépénalisation qu’à la tolérance zéro. Sous la deuxième caméra, quelques jongleurs ébaudirent la foule : une activité non commerciale bien malvenue dans nos rues galerie-marchandisées.

La troupe s’ébroua ensuite jusqu’à la cathédrale, où d’aucuns se mirent à penser en toute impunité. Fort heureusement, de nouvelles caméras pénétreront bientôt jusque dans nos esprits : c’est ce que suggéraient les bulles de papier qui trahissaient les penseurs suspects. Plus loin, nous assistâmes à la démonstration d’un nouveau prototype de caméra, capable de refouler les mauvais consommateurs à l’entrée des centres-villes touristiques.

Puis, sous le regard abruti d’une cinquième caméra, nous déclamâmes des passages de Calvino, Pérec, Orwell, Tocqueville, qui résonnaient étrangement dans l’actuel contexte pseudo-démocratico-sécurito-urbanistique... Oulala, après ces lectures le mal au crâne nous guettait : vite un peu de détente avec une balle aux prisonniers ! Une sixème caméra arbitra, de son œil triste, le match pourtant si joyeux. Aux abords du terrain de jeu, certains dessinèrent au sol leur double numérique, assemblage des traces indélébiles qui nous sont dérobées : paiements par carte, fichiers de tous ordres, coups de fils, voyages en avion, passeports biométriques, surf sur internet, etc.

Enfin, sous la dernière caméra du parcours, il paraît que certains n’eurent pas eu peur les uns des autres, et se rappprochèrent tant et tant qu’ils auraient quasi pu se frôler ! Le temps de ce grand frisson collectif, tous se protégèrent, ensemble sous leurs parapluies, du regard inquisiteur de la vidéosurveillance.

Une conférence à réécouter

Près de 120 citoyens attentifs se pressèrent à la conférence qui clôtura ces contre-assises, le jour de l’ouverture du salon, pardon, des assises de la vidéosurveillance à Strasbourg. Si vous avez loupé cette soirée passionnante, ou voulez la revivre, écoutez son enregistrement sonore.

Absence quasi totale d’études d’efficacité, statistiques manipulées, fuite en avant technique, affaires juteuses, débat confisqué, contrôle démocratique impossible, espace public qui se calque sur l’espace marchand franchisé, privatisation de notre sécurité, délits de sale gueule démultipliés : la vidéosurveillance, outil magique pour problèmes politiquement éludés, en a pris pour son grade.

Des médias intéressés mais pas si intéressants

La revue de presse que vous trouverez plus bas en témoigne, cette action de la CREP aura bénéficié d’un important relais médiatique. Mais force est de constater qu’exposer des idées pas simples en recourant aux sondages et aux micro-trottoir donne des résultats souvent merdiques...

À écouter : Liberté surveillée, un Là-bas si j’y suis où l’on cause de la CREP ! Et aussi : Les Amis d’Orwell, une émission sur Radio Libertaire. Et encore : Baguez les caméras. Enfin, nous publierons bientôt un texte plus théorique sur la vidéosurveillance. En attendant les prochaines actions : carte des caméras à l’échelle de la CUS ; enregistrement sonore de la conférence.


Carte des caméras sur la voie publique au centre-ville (novembre 2007)
HTML - 136 octets

Plan de janvier 2003
PNG - 822.5 ko

Plan de janvier 2004
PNG - 834.4 ko

Plan de mai 2004
PDF - 560.2 ko

Textes lu lors de la déambulation de samedi
PDF - 3 Mo

Sondage gouvernemental sur la vidéosurveillance (voir page 11 pour les « 78 % »)
PDF - 209.2 ko

Alsatic (7 novembre 2007)
AVI - 9.7 Mo

« Des strasbourgeois défient avec humour les caméras de surveillance » (dépêche AFP du 10 novembre 2007)
JPEG - 95 ko

« La CREP repère les caméras » (DNA du 8 novembre 2007)
JPEG - 142.8 ko

France 3 Alsace 19/20 (10 novembre 2007)
Ogg Vorbis - 5.3 Mo

Un article des DNA et nos commentaires (11 novembre 2007)
PDF - 303.4 ko

Dossier des DNA du 13 novembre 2007
PDF - 1.5 Mo

France 3 Alsace « La voix est libre » – Magazine (17 novembre 2007)
Ogg Vorbis - 63.5 Mo

France 3 Alsace « La voix est libre » – Débat (17 novembre 2007)
Ogg Vorbis - 40.5 Mo

Diaporama des photos de la déambulation
HTML - 177 octets

JPEG - 131.2 ko

JPEG - 257.2 ko

JPEG - 255.4 ko

JPEG - 264.4 ko

JPEG - 228.3 ko

JPEG - 210.3 ko

JPEG - 208 ko

JPEG - 141.3 ko

JPEG - 134.1 ko

JPEG - 131.3 ko

JPEG - 126 ko

JPEG - 139.4 ko

JPEG - 140.7 ko

JPEG - 156.1 ko

JPEG - 144.1 ko

JPEG - 144.2 ko

JPEG - 138 ko

JPEG - 129.5 ko

JPEG - 143.9 ko

JPEG - 140 ko

JPEG - 137.3 ko

JPEG - 133.1 ko

JPEG - 136.5 ko

JPEG - 136.5 ko

JPEG - 140.8 ko

JPEG - 143.2 ko

JPEG - 146.4 ko

JPEG - 140 ko

JPEG - 141.8 ko

JPEG - 133.8 ko

JPEG - 126.5 ko

JPEG - 138.6 ko

JPEG - 147.1 ko

JPEG - 128.8 ko

JPEG - 132.1 ko

JPEG - 61.3 ko

JPEG - 68.5 ko

JPEG - 65.1 ko

JPEG - 60.3 ko

JPEG - 64.8 ko

JPEG - 147.5 ko

JPEG - 138.9 ko

JPEG - 77.9 ko

JPEG - 143.8 ko

JPEG - 143.3 ko

JPEG - 145.7 ko