Présentation de la CREP
20 mars 2005

Les membres du Collectif de Réappropriation de l’Espace Public (CREP) de Strasbourg partagent un diagnostic et un enthousiasme communs : nous constatons que la ville ne nous appartient plus, les rues, les places, les murs ont été accaparés par la sphère marchande ; nous essayons d’opposer à cette situation d’autres manières d’occuper, de récupérer ces espaces perdus, en jouant, en (contre) affichant, en discutant, en écrivant (sur les murs)... La rue est à tout le monde : nous n’avons pas besoin d’autorisations pour habiter nos quartiers !

Notre ville vit de moins en moins. Nous nous réfugions de plus en plus derrière les murs. L’individualisation de tout (travail, téléphone portable) et le repli sur soi et ses petits problèmes construit une ville d’anonymes, dont le premier « étranger » est notre voisin de palier. Nous trouvons refuge dans l’accumulation de biens ou de relations d’intérêt, alors que nous pourrions essayer autre-chose : un repas de quartier, une fête, une vie plus simple, des rapports plus conviviaux, vivre des journées où tout n’est pas planifié, ou l’inattendu réservera de bonnes surprises... Nous pouvons essayer par nos actions de lutter contre la standardisation de nos façons de vivre (travailler-consommer-télé-« bouger »-avoir du blé), d’aller moins vite, de prendre le temps pour vivre ici, autrement.

Il y a toujours trop de choses à faire — jamais le temps —, faut circuler, faut aller plus vite, donc faut prendre sa voiture (son 4x4, c’est plus sûr), vite, vite... ? Et les rues ne servent qu’à aller vite, à circuler, à polluer, à bouchonner, la voiture règne où le touriste ne déambule pas. Alors que nos pieds et nos vélos, et les transports collectifs permettent à la ville de respirer, et à ses habitants d’avoir des rapports plus conviviaux. Les rues ne servent plus qu’à circuler d’un magasin à un autre. Les boutiques pullulent et les habitants circulent. Lorsqu’elles s’animent, c’est que l’on a quelque chose à nous vendre. Et la ville morne de se grimer épisodiquement pour mieux vendre (le centre devient un centre commercial à ciel ouvert), ou pour mieux se vendre (ville-musée, « folklorisation » outrancière et de circonstance en été, et capitale autoproclamée de la consommation en décembre). Nous nous sommes tant habitués à cela que toute autre façon d’intervenir dans l’espace public paraît alors suspecte... Les habitants et les associations n’ont plus de place, ils nous faut la réoccuper.

Les murs aussi participent de l’espace commun à tous les habitants, il nous faut également les réinvestir. La publicité (à Strasbourg comme ailleurs) s’est peu à peu accaparée ces espaces pour mieux nous polluer le cerveau et nous faire accepter un modèle de société (le chacun-ses-problèmes, moi-ça-va) que nous refusons. Or, dans le même temps, l’expression libre, citoyenne ou associative, a vu son espace se réduire à quelques panneaux bien cachés. Et gare au collage « sauvage » !... Que ceux qui n’ont pas les moyens d’afficher se taisent, la parole est à l’argent (la pub). Nous pensons légitimement avoir des choses plus intéressantes, intelligentes, poétiques ou rigolotes à afficher que le discours publicitaire, et nous passons donc outre cet état de choses.